La porte de garage d'une maison est peinte d'un drapeau canadien à Toronto, Ontario, Canada, le 10 janvier 2026. /CFP

Le Premier ministre canadien Mark Carney sera en Chine du 14 au 17 janvier. Sa visite intervient à un moment charnière pour son pays, aux prises avec des pressions importantes découlant de changements politiques radicaux émanant des États-Unis. Ses paroles et ses actions trouveront un large écho alors qu’il cherche à recalibrer les relations sino-canadiennes.

La dernière fois qu’un premier ministre canadien s’est rendu en Chine, c’était en 2017, et le monde est aujourd’hui très différent. Les « valeurs partagées » souvent répétées par l’Occident ont été mises à l’épreuve par un Washington imprudent ; L'incapacité du bloc à élaborer un discours cohérent en réponse aux actions internationales américaines – dont beaucoup sont au mieux contraires à l'éthique et au pire illégales – a affaibli sa position sur la scène mondiale. Plus important encore, le Canada et d'autres démocraties occidentales sont confrontés à une incertitude économique en raison de l'engagement de Washington en matière de droits de douane.

Lors de son séjour en Chine, le Premier ministre recevra probablement un flux constant de signaux positifs, et on peut espérer qu’il réagira de la même manière. Il convient de noter que, selon les statistiques chinoises, le commerce bilatéral de marchandises a dépassé 117 milliards de dollars canadiens (84,26 milliards de dollars) en 2024, soulignant la base solide et la forte complémentarité des liens économiques entre les deux pays. Ces chiffres confirment que la Chine est depuis longtemps le deuxième partenaire commercial du Canada. Gardant cela à l’esprit, le Premier ministre cherchera – et devrait obtenir – l’assurance que la Chine reste désireuse d’élargir ses opportunités commerciales dans de multiples secteurs, y compris ceux qui favorisent un développement de haute qualité.

Pékin a clairement fait comprendre aux nations, grandes et petites, qu'elle recherche toujours le respect mutuel, la coexistence pacifique et la coopération gagnant-gagnant ; tous les accords conclus par Carney lors de sa visite en Chine s’aligneront sur ce paradigme. Par la suite, il incombera au Canada de donner suite à des approches tout aussi positives.

Le Premier ministre canadien Mark Carney assiste à une conférence de presse à Varsovie, en Pologne, le 25 août 2025. /CFP

La Banque Royale du Canada est l'une des principales institutions bancaires canadiennes. Le mois dernier, il a publié un nouveau rapport détaillant l'impact négatif des droits de douane sur l'économie du pays. Le rapport révèle que l'industrie automobile canadienne a été particulièrement durement touchée, avec une hausse des coûts et des interruptions de production clairement évidentes. Dans le même ordre d’idées, la plus grande part des pertes d’emplois dans le pays provient du secteur de la fabrication de pièces automobiles. De la même manière, les industries sidérurgiques du Canada ont été confrontées à des suppressions d'emplois et à des défis de production. Pendant ce temps, l'industrie de l'aluminium du pays n'a réussi à surmonter des problèmes similaires que grâce à une demande mondiale robuste.

Dans l'ensemble, le message est clair : la situation économique du Canada pourrait être pire, mais ses fondations ne sont pas aussi solides qu'elles devraient l'être. Comme le soulignait récemment un haut responsable d'une autre banque canadienne, la Banque de développement du Canada (BDC), « l'économie canadienne n'a pas encore pleinement ressenti les effets des tarifs récemment imposés sur les secteurs du bois d'œuvre et des armoires de cuisine. » Cette réalité est l’une des raisons pour lesquelles BDC estime que le Canada connaîtra une croissance de seulement 1 % cette année.

Les Canadiens ont compris que l’Amérique n’est pas fiable, mais pas la Chine. Il n’est donc pas surprenant que 54 pour cent des Canadiens interrogés dans un sondage publié ce week-end soutiennent l’amélioration des relations économiques et commerciales avec la Chine.

En effet, le moment est venu pour le Canada d’affirmer son désir d’établir des relations positives et mutuellement avantageuses avec la Chine.

Carney est bien conscient que la dépendance de longue date du Canada à l'égard des États-Unis doit être réévaluée. Récemment, il a déclaré que son pays avait « trop d'œufs dans le panier américain ». L'implication est claire : Ottawa désapprouve les actions de Washington depuis le retour du président américain Donald Trump à la Maison Blanche et craint ce que le président américain pourrait faire en 2026. Néanmoins, il est crucial pour Carney de reconnaître que le Canada s'est également aligné trop étroitement sur les États-Unis ces dernières années en tant que critique sévère de la Chine.

Le Premier ministre devra à la fois articuler et démontrer par des actions que son pays a dépassé la pensée en noir et blanc et a adopté la réalité d’un monde multipolaire libéré des mentalités de guerre froide.

Avant même que le Premier ministre confirme sa visite en Chine, les relations bilatérales s'étaient déjà améliorées. Plus particulièrement, les ministres des Affaires étrangères des deux pays ont tenu une réunion positive en octobre de l'année dernière. À l'époque, le ministre canadien des Affaires étrangères avait souligné que la Chine devait être considérée comme un partenaire stratégique, ce qui signifie que le Canada cherchait à favoriser un environnement dans lequel les opportunités, et non les défis, dominent les discussions bilatérales.

Le Canada n’a pas besoin d’une bouée de sauvetage politique ou économique, mais il a besoin de stabilité mondiale. Washington ne peut pas fournir cela, mais Pékin le peut. Si Carney le reconnaît réellement, il y a tout lieu de croire que 2026 sera une année charnière pour les relations sino-canadiennes.