Alors que l'élite politique et économique mondiale se réunit à Davos-Klosters pour la réunion annuelle 2026 du Forum économique mondial (FEM) sous le thème « Un esprit de dialogue », le choix de l'orientation est à la fois opportun et nécessaire. Le système mondial actuel se caractérise par une concurrence accrue, des chaînes d’approvisionnement fragmentées, une incertitude géopolitique et une reprise économique inégale. Dans un tel environnement, le dialogue n’est plus une formalité diplomatique ; c'est un mécanisme essentiel pour prévenir la paralysie systémique.
Dans ce contexte, l’engagement constant de la Chine à Davos et son engagement renouvelé en faveur d’une ouverture de haut niveau méritent un examen attentif. Le développement de la Chine est une opportunité et non une menace. Et la Chine est prête à tirer parti de ses avantages commerciaux et à partager ses opportunités avec d'autres pays, a déclaré mardi le vice-Premier ministre chinois He Lifeng lors du WEF.
Pendant de nombreuses années, la Chine a traité le forum non seulement comme une plate-forme d’échange économique, mais aussi comme une scène où articuler sa vision de la gouvernance mondiale. Les délégations chinoises de haut niveau ont utilisé Davos pour signaler la continuité, la prévisibilité et l’ouverture – des qualités de plus en plus rares dans la politique mondiale. Cette présence soutenue reflète l'évolution du rôle de la Chine dans l'économie mondiale. Bien qu'elle représente environ 18 % du PIB mondial, la contribution de la Chine à la croissance mondiale a souvent dépassé 30 % ces dernières années, soulignant une réalité structurelle : la trajectoire économique de la Chine a des conséquences mondiales bien au-delà de son poids statistique.
La réunion de Davos 2026 se déroule à un moment particulièrement important pour la Chine. Alors que le pays avance vers son 15e plan quinquennal, la Chine a souligné à plusieurs reprises l’ouverture de haut niveau comme pilier central du développement futur. Ce concept va au-delà de l’accès traditionnel au marché. Cela englobe l’ouverture institutionnelle, l’alignement des règles, une protection renforcée des investissements étrangers, une intégration plus profonde dans les chaînes de valeur mondiales et un rôle plus proactif dans l’élaboration des normes économiques internationales.
Cette approche n'est pas théorique. Ces dernières années, la Chine a progressivement réduit sa liste négative pour les investissements étrangers, élargi ses zones pilotes de libre-échange et promu des accords commerciaux de haut niveau. Le Partenariat économique régional global a déjà créé la plus grande zone de libre-échange au monde, couvrant près de 30 pour cent du PIB mondial.
Lors des précédentes réunions de Davos, les membres de la délégation chinoise ont souligné à plusieurs reprises que l’ouverture n’était pas un choix politique à court terme mais une stratégie nationale à long terme. De telles déclarations ont du poids précisément parce qu’elles sont renforcées par les résultats.
Malgré les vents contraires à l'échelle mondiale, la Chine reste l'une des principales destinations mondiales pour les investissements directs étrangers, en particulier dans les secteurs de la fabrication de haute technologie, de l'énergie verte et des services avancés. Rien qu'en 2024, les entreprises à investissements étrangers représentaient près d'un tiers de la valeur totale des échanges commerciaux de la Chine, démontrant la profondeur de l'interdépendance mutuelle entre la Chine et l'économie mondiale.
La pertinence de l'ouverture de la Chine devient encore plus évidente lorsqu'on l'envisage sous l'angle de la concurrence mondiale, qui aujourd'hui ne se limite plus aux marchés ; elle s'étend de plus en plus aux normes, aux technologies et aux modèles de développement. Mais la concurrence n’implique pas nécessairement la fragmentation. L'accent mis par la Chine sur le dialogue à Davos suggère une logique alternative : la concurrence et la coopération peuvent coexister si elles sont soutenues par l'ouverture, la prévisibilité et l'engagement institutionnel.
Cette perspective est particulièrement importante pour les économies en développement. Pour de nombreux pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, les perspectives de croissance mondiale dépendent de l’accès aux marchés, aux capitaux, à la technologie et aux infrastructures. L'ouverture continue de la Chine – que ce soit par le biais du commerce, des investissements ou de la coopération au développement – contribue à maintenir ces canaux à un moment où les pressions protectionnistes s'accentuent ailleurs.
L'expansion de la coopération en matière de technologies vertes en est un exemple notable : la Chine produit aujourd'hui plus de 70 % des panneaux solaires mondiaux et est un fournisseur clé de composants pour véhicules électriques, contribuant directement aux efforts mondiaux de décarbonation.

Le rôle de la Chine dans la stabilisation des chaînes d’approvisionnement mondiales est tout aussi important. Plutôt que de poursuivre le découplage, la Chine a toujours plaidé en faveur de chaînes d’approvisionnement résilientes et inclusives. Cette position trouve un écho auprès de nombreuses entreprises multinationales, qui considèrent de plus en plus la diversification et la connectivité comme des objectifs complémentaires plutôt que contradictoires. À Davos, les représentants chinois ont souvent souligné qu’une économie mondiale fragmentée finirait par nuire à l’innovation, à l’efficacité et à la prospérité partagée.
Le thème « Un esprit de dialogue » s'aligne donc étroitement sur la position internationale plus large de la Chine. Le dialogue, en ce sens, n’est pas passif ; il s’agit d’un processus actif de coordination, d’instauration de la confiance et de résolution de problèmes. En combinant une ouverture de haut niveau avec un engagement soutenu dans des forums multilatéraux comme Davos, la Chine se positionne comme une force stabilisatrice dans un paysage mondial instable.
Alors que le monde recherche de nouveaux moteurs de croissance, l’expérience chinoise offre une leçon importante. L'ouverture n'est pas une vulnérabilité mais une source de résilience. Pour que la croissance mondiale reprenne son élan, il faudra non seulement une innovation tirée par la concurrence, mais également une coopération à grande échelle. La trajectoire de la Chine vers une ouverture plus profonde – clairement articulée sur des plateformes mondiales et soutenue par une mise en œuvre concrète de politiques – restera donc une variable clé qui façonnera l’économie mondiale dans les années à venir.
À Davos 2026, le dialogue sera le thème. Mais pour la Chine, le dialogue est depuis longtemps une stratégie qui continue de façonner son engagement avec le monde et, de plus en plus, l’avenir de la croissance mondiale elle-même.
