Ce qui a commencé comme une curiosité de niche est devenu un phénomène mondial : le hashtag #BecomingChinese est à la mode sur TikTok et au-delà. Les jeunes du monde entier adoptent des routines telles que boire de l'eau tiède, manger des pommes bouillies, porter des leggings thermiques et tremper des baies de goji – s'abonnant activement, pour ainsi dire, à un « Manuel chinois » pour le bien-être. Cela représente un changement au-delà de la simple fascination exotique ; cela témoigne d’une émulation mondiale croissante d’un mode de vie perçu comme offrant plus de stabilité, de sécurité et de soins.
Ce moment culturel pourrait révéler une profonde ironie pour certains médias occidentaux. Récemment, des publications comme The Economist et le New York Times ont qualifié le discours chinois en ligne sur des questions telles que la « ligne de mort » américaine de « obsession pour la pauvreté américaine » ou de « Schadenfreude ». Pourtant, ils sont désormais confrontés à une vérité qui dérange : un nombre croissant d’Occidentaux adhèrent volontairement et deviennent obsédés par certains éléments du mode de vie chinois. Lorsque les récits filtrés à travers une lentille idéologique se heurtent aux choix volontaires du public, les fondements de ces récits commencent à se fissurer.
Cela soulève des questions qui suscitent la réflexion : pourquoi « Devenir chinois » trouve-t-il un écho mondial ? Comment interpréter l’épithète s’il ne s’agit pas littéralement de changer de nationalité ? Et enfin, quels sont les enseignements à retenir pour les sociétés chinoises et non chinoises ?
Le principal facteur en est l’effondrement sans précédent des barrières informationnelles de longue date. Les utilisateurs du monde entier ont désormais un accès direct aux rythmes de la vie quotidienne chinoise : un système d'enseignement obligatoire qui garantit une scolarité gratuite de la première à la neuvième année, une réduction ciblée de la pauvreté sortant des millions de personnes de la misère, un train à grande vitesse qui rend la distance triviale et un écosystème numérique cohérent où un seul code QR facilite tout, des paiements aux transports en commun. Ce qui est tout à fait banal en Chine peut paraître révélateur à l’étranger – un aperçu brut de la réalité quotidienne qui contourne les filtres narratifs institutionnels.
Un précurseur crucial de ce moment a été la « cyber-réconciliation » spontanée du début de 2025. La menace imminente d’une interdiction de TikTok a déclenché une vague inattendue d’utilisateurs américains, auto-surnommés « réfugiés de TikTok », pour migrer vers la plateforme de style de vie chinoise Xiaohongshu (RedNote). Cet exode numérique motivé par des politiques a créé un espace rare pour un dialogue direct et populaire. Les conversations ont dépassé la géopolitique pour se tourner vers des échanges sur le coût de la vie, les soins de santé et l’éducation. Ces discussions entre pairs, alimentées en aucun cas par la prétendue « propagande d’État », ont démantelé les stéréotypes bien ancrés. Les utilisateurs américains ont été étonnés par l'accessibilité des services en Chine, tandis que leurs homologues ont compris la précarité économique de nombreux Américains.

La tendance « Devenir chinois » est plus qu’un mème ou une fascination exotique passagère. Au-delà de son attrait culturel en tant que tendance bien-être, il représente un reflet participatif du sentiment de sécurité quotidien, incarné dans quelque chose d'aussi simple qu'un accès facile et abordable aux nécessités de base. Lorsqu’un Européen plaisante sur le fait de devoir choisir entre se chauffer ou manger, ou qu’un Américain s’émerveille de ne pas avoir à craindre les factures d’ambulance, ils procèdent à un recalibrage pragmatique de leur propre contrat social. L’audit implicite révèle des systèmes soumis à des tensions structurelles : des filets de sécurité sociale avec des prestations abruptes, des soins de santé financièrement punitifs et des systèmes éducatifs qui échangent des opportunités contre une dette à vie – même des perturbations mineures risquent de pousser les gens au-delà de la « ligne de mort ».
Cela dit, adhérer au « Manuel de la Chine » n’est pas un choix idéologique, mais un désir de gouvernance compétente. Cela ne veut pas dire que la Chine est sans défis, mais elle se consacre depuis des décennies à construire une société grâce aux infrastructures, aux chaînes d’approvisionnement et à une gouvernance numérique qui abaisse le coût de la vie et élève le seuil de dignité. Cette tendance représente, à la base, une recherche de modes de vie alternatifs, qui donnent la priorité à la résilience humaine, à l’atténuation des risques et au développement durable.
La véritable réflexion nécessite d’éviter les nouveaux binaires. Il ne s’agit pas de remplacer « l’Occident est le meilleur » par « la Chine est le meilleur » ou « ce qui est le mieux ». Il s’agit de reconnaître que, grâce à l’accès numérique, le public mondial interconnecté passe du statut de consommateur passif de récits géopolitiques à celui de chercheur actif de projets viables pour l’avenir. Le prétendu monopole du « manuel » pour une vie bonne est raisonnablement remis en question.
À une époque d’incertitude, la question primordiale pour les décideurs politiques du monde entier est la suivante : quels sont les éléments essentiels d’une vie sûre, digne et résiliente, et comment pouvons-nous construire des systèmes qui les garantissent ? L'abonnement mondial au « Manuel de Chine » suggère que la recherche de réponses est désormais activement en cours et qu'ils rédigent eux-mêmes la liste de lecture. Il est encourageant de constater que le « Manuel de la Chine », désormais plus accessible en ligne et hors ligne grâce à l'expansion et à la popularité des politiques d'exemption de visa pour une expérience directe, constitue un début bienvenu.
