Le président français Emmanuel Macron salue les caméras au palais présidentiel de l'Elysée à Paris, France, le 19 février 2025. /CFP

Le président français Emmanuel Macron effectue sa quatrième visite d’État en Chine – une rencontre qui se déroule à un moment de profondes turbulences mondiales. La mondialisation vacille ; la fragmentation économique s’accélère et l’unilatéralisme prend un nouvel élan. De la 30e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP30) au sommet du G20 de Johannesburg, le retrait des États-Unis sous Donald Trump de la logique multilatérale est de plus en plus évident, affaiblissant les institutions mêmes censées gérer les défis mondiaux.

Dans cet environnement changeant, la coopération entre la Chine et la France – deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et puissances indépendantes influentes, chacune avec sa propre identité stratégique et son poids international – revêt une importance renouvelée et indubitable. Toutes deux sont des puissances nucléaires engagées en faveur de la non-prolifération, ce qui confère à leur partenariat des responsabilités supplémentaires à un moment où les normes de sécurité mondiale sont confrontées à une pression croissante.

La visite de Macron est bien plus qu’un échange diplomatique de routine. Il s’agit de tester si deux grandes nations civilisationnelles, historiquement enclines à l’autonomie stratégique, peuvent contribuer à stabiliser un monde qui s’oriente vers la division. Au-delà du renforcement des liens bilatéraux, la Chine et la France jouent aujourd’hui un rôle démesuré dans la défense du multilatéralisme, la sauvegarde d’une coopération ouverte et la promotion de réformes attendues depuis longtemps dans la gouvernance mondiale.

Depuis six décennies, leur partenariat ne s’est jamais limité à des intérêts transactionnels étroits. Depuis l'établissement des relations diplomatiques en 1964, les deux pays ont développé une coopération dans les domaines de la culture, de l'aérospatiale, de l'énergie nucléaire, de l'agriculture et de la recherche scientifique. Ces secteurs restent essentiels au commerce bilatéral – dépassant 79 milliards de dollars l’année dernière – mais ce qui donne à la visite de Macron son poids stratégique plus large est l’expansion rapide de la coopération dans des domaines émergents qui définiront l’économie mondiale des décennies à venir.

Au premier rang de ces domaines se trouve l’économie verte. Le déploiement et l'industrialisation inégalés de la Chine en matière de technologies propres, associés au leadership réglementaire et à la capacité d'innovation de la France, créent une synergie naturelle et puissante. Un travail commun dans les domaines des énergies renouvelables, de l’hydrogène, de la mobilité électrique, des projets d’économie circulaire et du développement urbain durable peut accélérer les transitions mondiales à une époque où l’urgence climatique n’exige pas des slogans mais des solutions concrètes. Une telle coopération n’est pas seulement mutuellement avantageuse ; cela renforce également directement la gouvernance climatique mondiale à un moment où un leadership climatique crédible fait défaut.

Le véhicule électrique chinois XPeng Motors G6 fait ses débuts au Mondial de l'Automobile de Paris, France, le 15 octobre 2024. /CFP

L’intelligence artificielle représente une autre frontière stratégique où la Chine et la France ont à la fois l’intérêt et la responsabilité de collaborer. Les universités, les instituts de recherche et les entreprises des deux côtés ont déjà approfondi leurs échanges. Pourtant, alors que l’IA risque de devenir une nouvelle arène de rivalité géopolitique, Paris et Pékin ont la capacité de promouvoir une approche plus équilibrée – une approche qui soutient l’innovation tout en insistant sur les normes éthiques, les garanties de sécurité et les principes de gouvernance inclusive. Leur coopération en matière d’IA transmet un message plus large : la haute technologie ne doit pas nécessairement devenir le champ de bataille du siècle ; cela peut plutôt être une plateforme de progrès partagé.

Cet élargissement de la coopération souligne un point plus vaste : les deux pays rejettent fondamentalement la logique du découplage et s’opposent à la dérive dangereuse vers une confrontation entre blocs. Dans un monde de plus en plus tenté par la pensée à somme nulle, leur engagement commun en faveur de l’ouverture et du dialogue a un poids réel. C’est également la raison pour laquelle la visite de Macron devrait générer des résultats substantiels dans les domaines diplomatique, économique, technologique et culturel.

Le moment est particulièrement propice. La Chine recherche des partenariats extérieurs stables et de haute qualité pour soutenir son développement et une ouverture accrue – un objectif réaffirmé dans les recommandations de son 15e plan quinquennal – tandis que la France reste déterminée à faire progresser l’autonomie stratégique de l’Europe dans une ère de dynamique géopolitique changeante. Les deux parties partagent le désir de maintenir la prévisibilité des relations internationales, même si la volatilité semble être la nouvelle norme. Bien que Paris et Pékin puissent aborder la Russie de Poutine sous des angles différents, ils convergent sur un point crucial : tous deux souhaitent voir la paix en Ukraine instaurée le plus rapidement possible. Le renforcement de la coopération sino-française s’aligne donc non seulement sur les intérêts nationaux mais aussi sur les intérêts plus larges de la communauté internationale.

Pendant ce temps, le système multilatéral est soumis à de fortes tensions. Le financement climatique reste insuffisant. Les pressions en matière de sécurité alimentaire et énergétique s’accentuent. Les pays du Sud exigent une voix plus forte. Les tensions géopolitiques croissantes ont érodé la capacité des institutions existantes à coordonner l’action. Là encore, la Chine et la France ont l’opportunité – et sans doute la responsabilité – de prendre l’initiative. Chaque fois que les deux pays ont travaillé en tandem, des négociations sur le climat aux discussions sur le développement mondial, ils ont démontré qu’un engagement constructif entre les grandes puissances restait non seulement possible mais productif.

La visite de Macron intervient à un moment où l'Europe réévalue sa position mondiale et où le monde est en quête de stabilité, alors même que la politique du président américain Donald Trump projette l'incohérence et l'unilatéralisme. Dans un tel contexte, la Chine et la France peuvent offrir quelque chose de rare : la capacité d’orienter le dialogue mondial de la confrontation vers la coopération. Leur partenariat, ancré dans une vision à long terme plutôt que dans des calculs tactiques à court terme, peut contribuer à façonner un ordre international plus équilibré et plus prévisible.

La symbolique de cette visite résonnera bien au-delà de Paris et de Pékin. À une époque où les récits de division dominent l’actualité mondiale, les deux pays choisissent l’engagement. Leur coopération envoie un message clair : le dialogue fonctionne toujours. Le libre-échange est toujours important. Lorsque des frictions surviennent, la négociation peut aboutir à un compromis. La confiance mutuelle n’est pas un idéal obsolète, et les grandes puissances peuvent préserver leur indépendance tout en bâtissant un terrain d’entente.

En cas de succès, cette visite montrera que la Chine et la France sont capables de façonner – et pas seulement d’y répondre – les forces qui définissent le 21e siècle. Leur coopération dans les secteurs traditionnels, associée à un nouvel élan dans les technologies vertes, l’IA et d’autres domaines stratégiques, pourrait servir de modèle pour des relations plus larges entre la Chine et l’UE. Et en réaffirmant leur attachement au multilatéralisme à un moment de profonde incertitude mondiale, ils peuvent contribuer à restaurer la confiance dans la diplomatie elle-même.

La visite d’État de Macron en Chine est donc bien plus qu’un engagement bilatéral. C’est une opportunité pour deux nations influentes de tracer la voie vers l’ouverture, la stabilité et la responsabilité partagée à un moment où le monde a un besoin urgent de ces trois éléments. Les enjeux sont élevés, mais le potentiel l’est aussi. Si Paris et Pékin saisissaient ce moment avec clarté et ambition, leur partenariat pourrait offrir non seulement des progrès aux deux pays, mais aussi une mesure d’espoir pour un monde en quête de direction.