La société chinoise est-elle confrontée à la délinquance ?
Si l’on s’en tient aux statistiques officielles, la Chine est beaucoup plus sûre que les sociétés occidentales. Le contrôle des armes à feu y est rigoureux et le nombre de meurtres s’élève à 0,5 pour 100 000 habitants avec un total de 7 525 en 2018. Le taux de criminalité serait trois fois moins élevé qu’aux États-Unis. Le taux de détention d’armes à feu est très faible et la politique de contrôle de la population et de répression particulièrement sévère et dissuasive.
Néanmoins, la Chine connaît une recrudescence de certains crimes qui traduisent les maux d’une société en plein bouleversement et le dynamisme des réseaux maffieux, souvent transnationaux, héritiers des anciennes triades. Malgré de lourdes peines – 46 types de crimes ou délits majeurs, dont le trafic de drogue, sont soumis à la peine capitale –, une présence importante des forces de sécurité et un taux de condamnation qui atteindrait 98 %, les vols se multiplient, particulièrement dans les régions touristiques. La fabrication de fausse monnaie, y compris les trafics liés au bitcoin, a pris des proportions massives et les trafics de produits contrefaits sont très importants. En 2020, la vente de faux vaccins contre la Covid-19 est devenue une fraude importante.
La consommation de drogue, fléau traditionnel de la société chinoise avec l’opium, qui avait pratiquement disparu jusqu’à la fin des années 1970, est redevenu un problème social. La Chine, qui a longtemps été un pays de transit pour l’héroïne produite dans le Triangle d’or – à la frontière entre la Thaïlande et la Birmanie – ou en Afghanistan, est devenue une zone de consommation significative, même si les chiffres restent nettement inférieurs à ceux des pays occidentaux. Selon les statistiques officielles, le nombre de consommateurs de drogue, enregistrés dans des programmes de traitements coercitifs, atteignait 2,4 millions en 2018. En réalité, il y aurait plutôt, en zone rurale comme en zone urbaine, 13 millions d’usagers. L’usage s’est également rajeuni et l’approvisionnement déplacé vers Internet.
La Chine est devenue l’un des principaux pays producteurs et consommateurs d’amphétamines et de drogues de synthèse qui représentent 56 % de la consommation, suivies par l’héroïne.
La Chine connaît en outre un type de criminalité lié aux dysfonctionnements du système social et aux déséquilibres démographiques induits par la politique de l’enfant unique. Dans les provinces les plus déshéritées comme le Guizhou ou l’Anhui, si les statistiques sont peu accessibles, les trafics d’êtres humains, femmes enlevées et vendues comme épouses ou prostituées ou enfants achetés pour travailler dans des conditions difficiles, dans les fours à brique ou les mines de charbon par exemple, sont des phénomènes répandus.
Mis à jour en mai 2026
La cybercriminalité et les fraudes en ligne, nouveaux défis sécuritaires
Avec plus d’un milliard d’internautes, la Chine est confrontée à une explosion de la cybercriminalité. Les escroqueries en ligne, les arnaques sentimentales (romance scams) et les fraudes financières ciblant aussi bien les citoyens chinois que des ressortissants étrangers ont connu une croissance rapide. Des centres d’arnaque organisés, notamment au Myanmar, au Cambodge ou au Laos, sont souvent alimentés par des travailleurs recrutés de force depuis la Chine ou par des réseaux criminels d’origine chinoise. Les autorités chinoises ont lancé plusieurs campagnes de rapatriement forcé de suspects depuis ces zones grises. Par ailleurs, le trafic lié aux cryptomonnaies reste difficile à contrôler malgré les interdictions officielles : blanchiment d’argent, financement de réseaux criminels transnationaux et contournement des restrictions de capitaux constituent des infractions en forte hausse. La fraude à la carte bancaire et le vol d’identité numérique touchent des dizaines de millions de personnes chaque année selon les estimations des organismes de sécurité intérieure.
La criminalité organisée : des triades aux réseaux mafieux contemporains
Les triades, organisations criminelles historiques nées dans le sud de la Chine et à Hong Kong, ont largement évolué. Aujourd’hui, les réseaux criminels organisés opèrent sur des activités diversifiées : jeux illégaux, prostitution, trafic de médicaments contrefaits, extraction illégale de ressources naturelles et blanchiment de capitaux via l’immobilier. La campagne nationale « Frapper dur contre le crime organisé » (saohei chue), lancée en 2018 et prolongée au-delà de 2021, a conduit à plusieurs milliers d’arrestations et à la dissolution de centaines de réseaux. Cette opération a également mis en lumière la collusion entre certains responsables locaux et des groupes criminels, phénomène structurel que le Parti communiste chinois reconnaît comme une menace pour la stabilité sociale. La société chinoise doit ainsi composer avec une criminalité organisée qui s’adapte en permanence aux dispositifs répressifs.
Violences sociales et crimes liés aux inégalités territoriales
Les inégalités croissantes entre zones urbaines et rurales, ainsi qu’entre provinces riches et provinces défavorisées, alimentent certaines formes de criminalité violente à caractère social. Les agressions au couteau dans des espaces publics, souvent commises par des individus marginalisés ou en détresse psychologique, ont fait l’objet d’une attention médiatique internationale répétée. Ces actes isolés, qualifiés de mass knife attacks, révèlent la pression exercée par les mutations économiques rapides sur une partie de la population. Par ailleurs, les conflits fonciers en milieu rural, liés à des expropriations contestées, peuvent dégénérer en violences collectives. Le recours aux « mainteneurs de la stabilité » (weiwen), dispositif para-policier local, illustre la volonté de l’État de contenir ces tensions avant qu’elles ne prennent une dimension criminelle visible. Ces dynamiques illustrent comment la criminalité en Chine est souvent le révélateur d’un modèle de développement qui laisse une partie de la population en marge des gains économiques.
Questions fréquentes
La délinquance en Chine est-elle en hausse ?
Selon les statistiques officielles, le taux de criminalité reste inférieur à celui des pays occidentaux. Néanmoins, certaines formes de délinquance progressent : cybercriminalité, trafics de drogues de synthèse, fraudes en ligne et crimes organisés connaissent une recrudescence notable, en lien avec les transformations économiques et sociales rapides du pays.
Quels types de crimes sont les plus répandus en Chine ?
Les vols, notamment dans les zones touristiques, les fraudes commerciales, la contrefaçon, la cybercriminalité et les trafics de drogues de synthèse figurent parmi les infractions les plus courantes. La traite des êtres humains, bien que moins visible, reste un problème persistant dans certaines provinces défavorisées.
La peine de mort est-elle appliquée pour les crimes liés à la drogue en Chine ?
Oui. Le trafic de drogue fait partie des 46 catégories de crimes passibles de la peine capitale en Chine. La législation est particulièrement sévère, et des condamnations à mort pour trafic de stupéfiants sont régulièrement prononcées et exécutées, bien que les chiffres officiels restent partiellement confidentiels.
Quel est le rôle des triades dans la criminalité organisée en Chine ?
Les triades, organisations criminelles historiques, ont évolué vers des réseaux mafieux modernes spécialisés dans le jeu illégal, la prostitution, le blanchiment d’argent et la contrefaçon. La campagne nationale lancée en 2018 a conduit à plusieurs milliers d’arrestations et a mis en évidence des liens entre certains élus locaux et ces réseaux.
La Chine est-elle touchée par la cybercriminalité ?
Avec plus d’un milliard d’internautes, la Chine est fortement exposée aux escroqueries en ligne, fraudes financières, vols de données et arnaques liées aux cryptomonnaies. Des centres d’arnaque transnationaux, souvent situés en Asie du Sud-Est, impliquent fréquemment des réseaux d’origine ou d’influence chinoise.
Comment la Chine lutte-t-elle contre la criminalité organisée ?
La campagne « Frapper dur contre le crime organisé », lancée en 2018, a mobilisé l’ensemble des forces de sécurité. Elle a abouti à la dissolution de centaines de réseaux et à des milliers d’arrestations. Le dispositif des « mainteneurs de la stabilité » complète ce système en intervenant en amont des tensions sociales.
La traite des êtres humains existe-t-elle en Chine ?
Oui. Dans certaines provinces défavorisées comme le Guizhou ou l’Anhui, des trafics d’êtres humains persistent : femmes vendues comme épouses ou prostituées, enfants contraints au travail dans des conditions précaires. Ces phénomènes sont liés aux déséquilibres démographiques et aux inégalités économiques territoriales.
