Depuis le 28 septembre 2025, les automobilistes peuvent franchir le grand canyon de Huajiang. Dans la province chinoise du Guizhou, le tablier du nouveau pont se trouve à environ 625 mètres au-dessus de la rivière Beipan. La traversée offre une perspective spectaculaire, mais elle répond d’abord à un obstacle très concret : relier rapidement deux rives longtemps séparées par le canyon.
L’agence Xinhua, qui a couvert l’ouverture à la circulation, indique que le trajet nécessaire pour passer d’un côté à l’autre est tombé d’environ deux heures à deux minutes. Derrière cette formule saisissante se trouve un pont suspendu de 2 890 mètres, construit en trois ans dans un environnement montagneux où routes et ouvrages d’art sont indispensables aux déplacements.
Un tablier suspendu à plus de 600 mètres
Le Huajiang Grand Canyon Bridge traverse la Beipan dans le sud-ouest de la Chine. Xinhua donne une hauteur de 625 mètres entre le tablier et la rivière, une longueur totale d’environ 2 890 mètres et une travée principale de 1 420 mètres. Ces deux dernières dimensions sont également celles publiées par Guinness World Records.
La mesure homologuée par Guinness est même plus précise : 626,01 mètres. L’organisme attribue le record du « highest bridge » aux groupes publics du Guizhou responsables de l’ouvrage, avec une date de mesure au 28 avril 2026. L’écart avec les 625 mètres largement repris lors de l’inauguration tient donc au niveau de précision et au protocole retenu, pas à un changement physique du pont.
La travée principale correspond à la portion comprise entre les deux appuis majeurs. Avec ses 1 420 mètres, elle permet de franchir la partie la plus encaissée sans installer de pile au fond du canyon. Les autorités provinciales, citées par Xinhua, présentent aussi l’ouvrage comme le pont suspendu à poutre-treillis en acier ayant la plus longue portée principale en terrain montagneux.
Pourquoi « le plus haut » ne veut pas toujours dire la même chose
Le vocabulaire des records de ponts prête facilement à confusion. Ici, « plus haut » désigne la hauteur du tablier au-dessus du sol ou de l’eau situé à la verticale. C’est cette sensation de vide que perçoit un conducteur lorsqu’il regarde vers la Beipan, même si la chaussée est protégée comme sur une infrastructure routière classique.
Cette catégorie ne doit pas être confondue avec celle du pont le plus élevé structurellement. La « hauteur structurelle » mesure généralement l’écart entre le point le plus bas et le point le plus haut de l’ouvrage, par exemple le sommet d’un pylône. Un viaduc peut donc posséder des piles ou des pylônes extrêmement hauts sans que son tablier domine le paysage d’une distance record.
Guinness intitule sa fiche « Highest bridge », tandis que Xinhua emploie en anglais « world’s tallest bridge ». Pour comparer honnêtement les ouvrages, il faut regarder la définition et la méthode de mesure qui accompagnent le superlatif. Le record de Huajiang concerne bien la distance verticale sous la chaussée.
Deux minutes qui changent l’échelle locale
Le gain annoncé ne signifie pas que les voitures roulent deux minutes sur les 2,89 kilomètres du pont. Il compare l’ancien itinéraire sinueux nécessaire pour contourner ou descendre le canyon à la nouvelle liaison directe. Xinhua et les autorités du Guizhou parlent ainsi d’un passage ramené d’environ deux heures à deux minutes.
Cette réduction doit faciliter les trajets quotidiens, les échanges de marchandises et l’accès aux services dans une province aux reliefs difficiles. Le Guizhou a massivement développé son réseau de ponts pour désenclaver des territoires séparés par des vallées profondes. Le précédent détenteur du record, le pont de Duge, se trouve d’ailleurs lui aussi sur la Beipan, à un peu plus de 100 kilomètres selon Xinhua, avec un tablier à environ 565 mètres de l’eau.
Un record technique, pas une route dans le ciel
Les images aériennes accentuent l’impression d’une chaussée posée dans les nuages. Pourtant, l’intérêt majeur de l’ouvrage réside dans sa capacité à maintenir une liaison routière stable au-dessus d’un canyon soumis au vent. Les autorités provinciales ont notamment mis en avant le suivi intelligent, les drones, la navigation par satellite et des matériaux à très haute résistance employés durant le chantier.
Le pont de Huajiang associe ainsi deux réalités : un record visuel immédiatement compréhensible et une transformation mesurable des mobilités. Les chiffres les plus solides restent ceux attribués explicitement à Xinhua, aux autorités du Guizhou et à Guinness. Ils décrivent un tablier à environ 625 mètres du vide, une structure longue de 2 890 mètres et, surtout, un détour de plusieurs heures devenu une traversée de quelques minutes.
