Train de voyageurs traversant le haut plateau tibétain au pied de sommets enneigés

Sur le quai de la gare de Xining, les voyageurs ne se contentent pas de présenter leur billet. Avant de monter à bord du train pour Lhassa, chacun reçoit un document à remplir et à signer : une fiche de santé par laquelle il déclare être apte à affronter ce qui l’attend. Car ce trajet n’a rien d’un simple voyage en couchette.

Quelques heures plus tard, le convoi franchira le col de Tanggula, à 5 072 mètres d’altitude. C’est le point le plus haut atteint par une voie ferrée en service dans le monde, bien au-dessus du sommet du mont Blanc.

Une ligne construite là où personne ne l’imaginait

La ligne Qinghai-Tibet relie la province du Qinghai à la capitale tibétaine sur près de 2 000 kilomètres. Sa portion la plus spectaculaire, entre Golmud et Lhassa, a été inaugurée en 2006 après des décennies de projets longtemps jugés irréalisables.

Les ingénieurs ont dû composer avec un ennemi invisible : le pergélisol, ce sol gelé en permanence qui se ramollit dès qu’il se réchauffe. Sur des centaines de kilomètres, les rails reposent sur des remblais refroidis par des systèmes de ventilation et des tubes thermiques qui empêchent le terrain de dégeler sous le poids des convois. Par endroits, la voie passe même sur de longs viaducs pour ne pas toucher directement ce sol fragile.

« Quand on regarde par la fenêtre, on a l’impression de rouler sur le toit du monde, avec des plaines immenses et des sommets enneigés à perte de vue », raconte Mathilde, une enseignante lyonnaise qui a fait le trajet l’été dernier.

Des wagons alimentés en oxygène

Au niveau du col, chaque inspiration apporte près de deux fois moins d’oxygène qu’au bord de la mer. Pour rendre le voyage supportable, les voitures ont été spécialement conçues : de l’oxygène est diffusé en continu dans l’habitacle afin d’enrichir l’air que respirent les passagers.

Chaque couchette dispose en plus d’une prise individuelle sur laquelle on peut brancher un petit tube nasal en cas de besoin. Les vitres sont teintées pour filtrer les rayons ultraviolets, particulièrement intenses sur les hauts plateaux.

Du personnel médical voyage à bord, et les contrôleurs passent régulièrement dans les couloirs pour repérer les voyageurs qui pâlissent ou se plaignent de maux de tête.

« La nuit, j’ai senti mon cœur battre plus vite et j’avais un léger mal de crâne. Une hôtesse est venue m’expliquer comment utiliser l’oxygène, et au bout de dix minutes ça allait mieux », se souvient Mathilde.

Pourquoi cette fiche médicale est exigée

La fameuse fiche n’est pas une formalité administrative de plus. En la signant, le passager confirme qu’il a pris connaissance des risques liés au mal aigu des montagnes et qu’il ne souffre pas de pathologies incompatibles avec un séjour en très haute altitude.

Le document énumère les situations jugées à risque, parmi lesquelles :

  • les maladies cardiaques graves ou une hypertension mal contrôlée ;
  • les insuffisances respiratoires chroniques ;
  • les anémies sévères ;
  • certaines grossesses à risque.

En cas de doute, mieux vaut consulter son médecin avant le départ, car aucun équipement à bord ne remplace une acclimatation progressive. Beaucoup de voyageurs choisissent d’ailleurs de passer quelques jours à Xining, déjà perchée à plus de 2 000 mètres, avant d’embarquer.

Un voyage devenu mythique

Depuis son ouverture, la ligne attire des passagers du monde entier. Les touristes étrangers doivent toutefois disposer d’un permis spécial pour entrer au Tibet, en plus de leur visa chinois, et voyagent le plus souvent avec une agence agréée qui organise le séjour.

Le trajet complet depuis Xining dure environ une vingtaine d’heures, et les couchettes les plus confortables se réservent souvent plusieurs semaines à l’avance en haute saison. Au fil des kilomètres défilent des lacs turquoise, des troupeaux de yacks et parfois des antilopes du Tibet, qui empruntent les passages aménagés pour elles sous les voies.

Pour Mathilde, l’arrivée à Lhassa reste un souvenir à part. « En descendant du train, on comprend tout de suite pourquoi on nous a fait signer ce papier. Le moindre escalier vous coupe le souffle. Mais je referais ce voyage demain sans hésiter. »