Le gaokao 2023 a réuni un nombre record de 12,91 millions de candidats en Chine, soit 980 000 de plus qu’en 2022. Premier gaokao après la fin de la gestion stricte du COVID-19, cet examen national d’entrée à l’université reste un moment capital dans la vie des jeunes Chinois. Pourtant, à mesure que l’enseignement supérieur se démocratise, son rôle de « changeur de destin » s’érode progressivement. Décryptage d’un examen qui évolue avec la société chinoise.
Gaokao 2023 : pourquoi un record de 12,91 millions de candidats ?
Le gaokao (高考), examen national d’entrée à l’université en Chine, a enregistré cette année un nombre de participants sans précédent. Selon les chiffres publiés par le ministère de l’Éducation, 12,91 millions de personnes se sont inscrites pour la session 2023, contre 11,93 millions en 2022.
La principale explication de cette hausse tient à une réforme de 2019 : la Chine a supprimé les restrictions qui empêchaient les élèves des lycées professionnels d’accéder à l’enseignement universitaire classique. Ces étudiants peuvent désormais s’inscrire dans des universités et pas uniquement dans des écoles professionnelles supérieures. Xiong Bingqi, directeur de l’Institut de recherche sur l’éducation du 21e siècle à Pékin, confirme que l’afflux de candidats issus des filières professionnelles est le principal facteur de ce record.
Avec un taux d’admission estimé à 85 % par Chu Zhaohui, chercheur à l’Institut national des sciences de l’éducation, et un taux de 92,9 % enregistré en 2022, la grande majorité des candidats accèdent aujourd’hui à une forme d’enseignement supérieur.
Premier gaokao post-COVID : comment s’est déroulé l’examen ?
La session 2023 marque un tournant symbolique : c’est le premier gaokao depuis la fin des restrictions sanitaires strictes liées au COVID-19 en Chine. Sur les sites d’examen de Pékin, très peu de candidats portaient encore un masque. Les autorités locales ont toutefois prévu des sites d’examen de secours pour les candidats testés positifs au COVID-19 aux dates d’épreuve.
La sécurité a été renforcée sur l’ensemble du territoire : à Pékin, les zones entourant les centres d’examen ont été bouclées par la police, les véhicules interdits d’accès pour éviter toute distraction sonore. Des systèmes de reconnaissance faciale ont été déployés dans de nombreux établissements pour lutter contre la fraude.
La tension était palpable parmi les candidats. Chen, un lycéen interrogé lors de l’examen, a confié avoir vomi plusieurs fois la veille tant la nervosité était grande, tout en soulignant que les trois années de COVID-19 avaient rendu la préparation particulièrement difficile avec l’enseignement à distance comme nouvelle norme.
Dans les rues, la société tout entière entre en « temps gaokao » : des mères vêtues du qipao traditionnel pour porter chance à leurs enfants, des policiers tenant des fleurs sur les routes, des sites touristiques qui font silence à proximité des centres d’examen.
Le gaokao, encore un « changeur de destin » ?
Longtemps surnommé le « pont à un seul rondin », le gaokao était le passage quasi obligé vers une vie meilleure pour les familles chinoises. Ce symbole s’affaiblit aujourd’hui. Avec un accès à l’enseignement supérieur qui dépasse désormais les 85 %, la sélection par l’excellence reste réelle mais la rareté du diplôme universitaire, elle, a disparu.
Les critères d’admission se diversifient également. L’Université du Zhejiang a ainsi innové en 2023 : le score du gaokao ne représente plus que 85 % de la note finale d’admission, les 15 % restants intégrant le parcours scolaire en lycée et un entretien. D’autres universités explorent des voies similaires.
Pour Xiong Bingqi, le message est clair : « Le gaokao n’est plus un facteur de changement de destin en Chine lorsque l’enseignement supérieur est tellement popularisé. C’est une porte d’entrée, pas une garantie. » Il appelle les étudiants à abandonner l’obsession pour les écoles prestigieuses et à se concentrer sur le développement de compétences réelles.
Chômage des jeunes et diplôme universitaire : un défi structurel
Le record de candidats au gaokao 2023 intervient dans un contexte de marché du travail tendu pour les jeunes Chinois. La Chine devrait accueillir 11,58 millions de diplômés universitaires en 2023, un chiffre lui aussi record. Or, en avril 2023, le taux de chômage des 16-24 ans atteignait 20,4 %, en hausse de 0,8 point par rapport au mois précédent, selon le Bureau national des statistiques (BNS).
Ce paradoxe — plus de diplômés, plus de chômage — alimente un débat de fond sur le rôle de l’université. Sur les réseaux sociaux chinois, le terme « robe de Kong Yiji », emprunté à la littérature classique chinoise, est devenu viral pour désigner les diplômés qui se considèrent au-dessus du travail manuel et peinent à trouver un emploi correspondant à leurs attentes.
Le porte-parole du BNS, Fu Linghui, a reconnu l’existence d’un problème structurel de l’emploi en Chine, tout en soulignant que les politiques gouvernementales d’aide à l’insertion des jeunes devraient progressivement porter leurs fruits à mesure que l’économie se redresse.
Comment les universités s’adaptent-elles aux besoins du marché ?
Face à cette inadéquation entre formation et emploi, le ministère de l’Éducation a demandé aux universités d’ajuster leurs filières en fonction des besoins économiques et sociaux du pays et des taux d’emploi réels de leurs diplômés.
Plusieurs établissements ont ouvert de nouvelles spécialisations en 2023 :
- L’intelligence artificielle est devenu le choix le plus demandé par les universités de Pékin pour de nouvelles filières.
- L’Université des femmes de Chine a lancé une spécialisation en éducation familiale, répondant à une demande sociale croissante.
- Plusieurs universités renforcent leurs formations en informatique et en technologies numériques.
Pour Xiong Bingqi, les universités ont une responsabilité claire : « Il leur incombe d’allouer leurs ressources pour cultiver des talents utiles à la société et au pays, pas seulement de délivrer des diplômes. »
Questions fréquentes
Combien de candidats ont passé le gaokao en 2023 ?
Un record de 12,91 millions de personnes se sont inscrites pour le gaokao 2023, soit 980 000 de plus qu’en 2022. C’est le nombre le plus élevé depuis la création de l’examen.
Qu’est-ce que le gaokao ?
Le gaokao (高考) est l’examen national d’entrée à l’université en Chine. Il se déroule généralement en juin et détermine l’accès des lycéens aux établissements d’enseignement supérieur. Il est considéré comme l’un des examens les plus compétitifs au monde.
Pourquoi le nombre de candidats au gaokao a-t-il autant augmenté en 2023 ?
La principale raison est une réforme de 2019 qui a ouvert l’accès à l’université aux élèves des lycées professionnels. Ces derniers peuvent désormais se présenter au gaokao et intégrer des universités classiques, ce qui a gonflé le nombre de candidats.
Quel est le taux d’admission au gaokao ?
Le taux d’admission est estimé à environ 85 % pour la session 2023. En 2022, 92,9 % des candidats avaient été admis dans un établissement d’enseignement supérieur, selon les données officielles.
Le gaokao garantit-il encore un bon emploi en Chine ?
Non. Avec la massification de l’enseignement supérieur et un taux de chômage des jeunes de 20,4 % en avril 2023, le diplôme universitaire ne suffit plus à garantir un emploi. Les experts recommandent de privilégier le développement de compétences pratiques plutôt que la recherche d’un diplôme d’une université prestigieuse.
Le gaokao a-t-il été affecté par le COVID-19 en 2023 ?
La session 2023 est la première organisée depuis la fin des restrictions strictes liées au COVID-19. Des sites d’examen de secours ont été prévus pour les candidats testés positifs, mais l’examen s’est déroulé de façon quasi normale, avec très peu de candidats masqués.
Comment le gaokao évolue-t-il dans ses critères d’admission ?
Certaines universités, comme l’Université du Zhejiang, ont commencé à pondérer le score du gaokao à 85 % seulement, intégrant aussi le parcours scolaire en lycée et un entretien. Cette tendance à diversifier les critères d’admission devrait s’amplifier dans les prochaines années.
Conclusion
Le gaokao 2023 restera dans l’histoire comme l’édition la plus fréquentée, avec 12,91 millions de candidats. Mais au-delà du record, c’est la transformation profonde du système éducatif chinois qui est à l’œuvre : démocratisation de l’accès à l’université, diversification des critères d’admission et prise de conscience que le diplôme seul ne suffit plus face aux défis du marché du travail. Étudiants et universités sont appelés à s’adapter à une Chine en pleine transition économique.
Mis à jour en mai 2026
