Qui fournit le gaz à la Chine ? Vue d’ensemble des approvisionnements
La Chine est l’un des plus grands consommateurs de gaz naturel au monde. Pour couvrir ses besoins, Pékin s’approvisionne auprès de plusieurs fournisseurs stratégiques : la Russie par gazoduc, le Turkménistan via l’Asie centrale, et une dizaine de pays exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) comme l’Australie et le Qatar. Cette diversification est volontaire : elle réduit la dépendance à un seul partenaire et sécurise l’approvisionnement d’une économie qui consomme chaque année plusieurs centaines de milliards de mètres cubes de gaz.
La Russie, premier fournisseur par gazoduc
Depuis la mise en service du gazoduc Power of Siberia en décembre 2019, la Russie occupe une place centrale dans l’approvisionnement gazier de la Chine. Ce pipeline relie les champs sibériens aux provinces chinoises du nord-est, dont la province de Liaoning et la région de Pékin. Sa capacité nominale est de 38 milliards de mètres cubes par an.
Les livraisons ont progressé régulièrement depuis l’ouverture du gazoduc. Gazprom et la China National Petroleum Corporation (CNPC) ont signé plusieurs avenants pour accroître les volumes transportés. Un second corridor gazier, dit Power of Siberia 2, est en cours de négociation pour acheminer du gaz depuis la Sibérie occidentale via la Mongolie. S’il se concrétise, il renforcerait encore la position russe comme premier fournisseur de la Chine.
Le Turkménistan, pilier historique des importations chinoises
Avant la montée en puissance de la Russie, le Turkménistan était le principal fournisseur de gaz de la Chine. Le gazoduc Asie centrale – Chine (Central Asia – China Gas Pipeline), inauguré en 2009, relie les champs gaziers turkmènes — notamment le gigantesque gisement de Galkynysh — jusqu’à la frontière chinoise via l’Ouzbékistan et le Kazakhstan.
Ce corridor comprend plusieurs lignes parallèles (A, B, C et partiellement D) et affiche une capacité totale supérieure à 55 milliards de mètres cubes par an. Malgré la concurrence russe et la montée du GNL, le Turkménistan reste un fournisseur incontournable, notamment pour les provinces du nord-ouest et du centre de la Chine.
Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan fournissent également une part de gaz via ce même corridor, bien que leurs volumes restent modestes comparés à ceux du Turkménistan.
Le GNL : l’Australie et le Qatar en tête
La Chine est aussi l’un des plus grands importateurs de gaz naturel liquéfié (GNL) au monde. Elle dispose d’un réseau étendu de terminaux méthaniers répartis sur ses côtes, ce qui lui permet d’acheter du gaz sur les marchés spot mondiaux ou via des contrats long terme.
- Australie : premier fournisseur de GNL de la Chine depuis plusieurs années, grâce à ses nombreux projets de liquéfaction (Gorgon, Ichthys, Wheatstone…).
- Qatar : deuxième source de GNL, avec des contrats long terme entre QatarEnergy et des acheteurs chinois comme CNOOC et Sinopec.
- Malaisie : troisième fournisseur historique, via le projet MLNG de Sarawak.
- États-Unis : malgré les tensions commerciales sino-américaines, le GNL américain a trouvé un débouché en Chine, notamment lors de détentes dans les relations bilatérales.
- Angola, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Russie (Sakhaline, Yamal LNG) : fournisseurs secondaires qui complètent le portefeuille.
Le GNL représente désormais plus de 40 % des importations totales de gaz de la Chine, contre une part marginale il y a dix ans. Cette montée en puissance reflète la stratégie de diversification de Pékin.
La production domestique : un complément indispensable
La Chine ne se contente pas d’importer : elle produit elle-même une part significative de son gaz. Les bassins du Sichuan, de Tarim (Xinjiang) et de l’Ordos (Mongolie intérieure) sont les principaux centres de production. Le pays développe aussi activement l’exploitation du gaz de schiste et du gaz de houille (coal-bed methane), dont les réserves sont parmi les plus importantes du monde.
Malgré ces efforts, la production domestique ne suffit pas à couvrir la demande, d’où la nécessité de recourir massivement aux importations via gazoducs et GNL.
Stratégie énergétique : pourquoi la Chine diversifie ses fournisseurs
Pékin applique une doctrine claire : ne pas dépendre d’un seul fournisseur. Cette diversification répond à plusieurs objectifs :
- Sécuriser l’approvisionnement en cas de rupture politique ou technique.
- Peser sur les prix en jouant les fournisseurs les uns contre les autres.
- Alimenter les régions côtières via GNL et les provinces intérieures via gazoduc.
- Réduire la dépendance au charbon dans le cadre des objectifs climatiques.
Cette approche explique pourquoi la Chine investit simultanément dans des infrastructures de gazoduc avec la Russie et l’Asie centrale, et dans des terminaux GNL pour accéder aux marchés mondiaux.
Questions fréquentes
Quel est le principal fournisseur de gaz naturel de la Chine ?
La Russie est devenue le principal fournisseur de gaz par gazoduc depuis la mise en service du Power of Siberia en 2019. Pour le GNL, c’est l’Australie qui occupe la première place. Au total, le Turkménistan reste l’un des fournisseurs les plus importants en volume cumulé.
Qu’est-ce que le gazoduc Power of Siberia ?
Le Power of Siberia est un gazoduc reliant les champs gaziers de Sibérie orientale aux provinces chinoises du nord-est. Mis en service en décembre 2019, il a une capacité de 38 milliards de mètres cubes par an et est exploité conjointement par Gazprom et la CNPC.
La Chine importe-t-elle du GNL américain ?
Oui, la Chine importe du GNL en provenance des États-Unis, bien que les volumes varient selon l’état des relations commerciales entre les deux pays. Les importations ont été suspendues ou réduites lors des périodes de tensions tarifaires, puis reprises lors des accords commerciaux.
Pourquoi la Chine consomme-t-elle autant de gaz naturel ?
La croissance de la consommation de gaz en Chine est portée par la politique de substitution charbon-gaz dans les secteurs résidentiel et industriel, par le développement des centrales électriques au gaz, et par la hausse générale de la demande énergétique liée à la croissance économique.
Le Turkménistan fournit-il encore du gaz à la Chine ?
Oui. Le Turkménistan reste un fournisseur majeur via le gazoduc Asie centrale – Chine, dont la capacité dépasse 55 milliards de mètres cubes par an. Bien que la part turkmène ait reculé relativement avec la montée en puissance des imports russes et du GNL, les volumes absolus restent élevés.
La Chine produit-elle son propre gaz naturel ?
Oui. La Chine est un producteur significatif, avec des bassins actifs dans le Sichuan, le Xinjiang et la Mongolie intérieure. Elle développe également le gaz de schiste. Toutefois, la production domestique ne couvre pas l’intégralité des besoins, ce qui justifie les importations massives.
Qu’est-ce que le Power of Siberia 2 ?
Le Power of Siberia 2 est un projet de gazoduc en négociation entre la Russie et la Chine, qui passerait par la Mongolie. Il viserait à acheminer du gaz depuis la Sibérie occidentale vers la Chine, en complément du premier corridor. Les négociations portent notamment sur le prix du gaz.
En résumé
La Chine s’approvisionne en gaz naturel auprès d’un réseau diversifié de fournisseurs : la Russie et le Turkménistan par gazoduc, l’Australie et le Qatar en tête pour le GNL, et les États-Unis en appoint. Cette stratégie de diversification, couplée au développement de la production domestique, vise à garantir la sécurité énergétique de la première économie d’Asie face à une demande en hausse constante.
Mis à jour en mai 2026
