Un Empire de grande envergure, une seule heure : la paradoxalité des fuseaux horaires en Chine

Si vous regardez un globe terrestre, la géographie et la taille abondante de la Chine signaleraient sans aucun doute une pluralité de fuseaux horaires. Cependant, tournez vos yeux vers une horloge chinoise et vous constateriez une réalité contradictoire. Beijing, Ürümqi, Lhasa, toutes ces villes affichent la même heure. En effet, bien qu’étendant sa terre à travers différents fuseaux horaires, la Chine gère officiellement son temps en utilisant un seul fuseau – l’heure standard de Beijing.

Le temps de l’unité: une boussole politique

Il serait facile de penser que cette configuration est due à une simple facilité administrative, mais à y regarder de plus près, elle est enracinée dans des motivations politiques. Au sommet de la montagne de l’histoire tumultueuse de la Chine se trouve l’objectif suprême de l’unité. Cette quête de cohésion s’étend même jusqu’à l’heure que tout le pays suit. Mis en place dans les années 1949 par le Parti communiste chinois, l’usage d’un seul fuseau horaire avait pour dessein de promouvoir l’unité nationale et l’identité en une seule Chine.

Les effets concrets d’un seul fuseau horaire : Pratiques et paradoxes

Malgré son envergure allant d’est en ouest, la Chine suit donc l’heure standard de Beijing, notamment appelée China Standard Time (CST), qui correspond à UTC+8. Cette situation singulière entraîne de nombreux paradoxes. Dans la région autonome de Xinjiang à l’extrême ouest, le soleil peut se lever à 10 heures du matin et se coucher bien après minuit en été. A contrario, à Haïnan, à l’extrême sud, le rythme suit plus fidèlement le cycle du soleil.

Le temps informel : une réponse locale

Malgré le cadre officiel, les Chinois ont trouvé des façons innovantes pour s’adapter à cette particularité. Dans certaines parties du pays, les résidents suivent ce qu’on peut appeler « le temps informel ». À Xinjiang par exemple, en plus de l’heure officielle, la population locale utilise aussi ce qu’elle appelle « l’heure de Xinjiang », généralement deux heures derrière l’heure standard de Beijing. Cette pratique n’est certes pas reconnue officiellement, mais montre l’adaptabilité de la population face à un décalage du soleil aussi significatif.

Un choix enraciné, mais critiqué

Enracinée dans l’histoire et l’idéologie, l’usage d’un seul fuseau horaire en Chine est cependant sujet à controverses. Ses détracteurs avancent les déséquilibres socio-économiques qu’il peut entraîner, avec une préférence accordée à l’est plus développé, aux dépens de l’ouest du pays. D’autres soulèvent la question de la santé publique, à l’image des effets du « jet-lag social » sur les habitants de l’ouest, qui doivent adapter leurs habitudes quotidiennes à un soleil en décalage.

Que l’on adopte l’argument de la facilité administrative ou l’angle de l’unité nationale, il est clair que le choix d’un seul fuseau horaire pour toute la Chine est bien plus qu’un simple caprice bureaucratique. C’est le reflet de décisions stratégiques, historiques et culturelles, agissant comme une métonymie du mouvement perpétuel de la Chine à travers le temps et l’espace.

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